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Covid-19 : prudence face à l’efficacité annoncée des vaccins

À une semaine d’écart, les laboratoires Pfizer et Moderna ont annoncé les premiers résultats de tests autour d’un vaccin contre le Covid-19. Tous deux chiffrent l’efficacité de leur produit à 90 % ou plus, sur la base de données préliminaires. La promesse est belle, mais doit être envisagée avec prudence.

Un vaccin préventif contre le Covid-19, qui plus est efficace à 90 %. L’annonce des laboratoires Pfizer et BioNTech a provoqué enthousiasme et anticipation. Une semaine plus tard, c’est au tour de Moderna de surenchérir : son propre vaccin serait efficace à 94,5 %. Ces résultats, s’ils sont confirmés, sont clairement positifs : en guise de comparaison, le vaccin antigrippal protège dans 40 à 60 % des cas, selon les saisons. Les fabricants eux-mêmes s’en réjouissent, alors qu’aucun vaccin n’est encore autorisé et que les essais cliniques sont encore en cours. De fait, ces annonces sont quelque peu prématurées.

D’où viennent ces estimations ?

Dans les deux cas, c’est un comité indépendant qui a évalué l’efficacité du vaccin. Son rôle est d’examiner les premières données issues d’un essai clinique afin d’anticiper sur son efficacité ou ses risques. Cela amène parfois à l’interruption prématurée de l’étude. Dans le cas du vaccin élaboré par Pfizer et BioNTech, l’étude a commencé en juillet, incluant près de 44 000 volontaires.

Afin de mener son analyse préliminaire, chaque comité s’est intéressé aux premières infections survenues après la vaccination – 94 chez Pfizer, 95 chez Moderna. Le but était de savoir quelles personnes avaient reçu le vaccin et lesquelles avaient reçu un placebo. C’est à partir de ces dossiers que l’efficacité est calculée. Ces résultats s’appuient donc sur une analyse intermédiaire, menée avant le terme de l’étude.

Ce qu’on ignore encore

Des zones d’ombre importantes demeurent, après ces annonces tonitruantes. À commencer par l’efficacité réelle des vaccins. L’analyse porte sur une minorité de volontaires suivis depuis suffisamment de temps. Il faudra donc un certain recul avant d’en savoir plus sur l’impact réel du vaccin sur l’ensemble des participants. « Dans la mesure où l’étude se poursuit, le pourcentage final d’efficacité pourrait varier », écrit à ce sujet Pfizer dans son communiqué.

Mais la définition même des infections au Covid-19 pose problème. Le laboratoire prévoit d’arrêter le suivi lorsque 164 cas positifs auront été confirmés. Limite de cette méthode : il faut présenter des symptômes pour bénéficier d’un test virologique… Ce qui exclut de fait les cas asymptomatiques. Une stratégie hasardeuse dans la mesure où ces patients propagent également le virus. Ces formes doivent être évitées si l’on décide de vacciner en priorité les soignants.

Un point positif est tout de même à souligner : ces premiers résultats confirment, au moins, que la cible du vaccin (une protéine à la surface du virus SARS-CoV-2) est une piste de recherche intéressante (voir « comment fonctionne le vaccin »).

Les questions qui demeurent

De nombreux spécialistes se sont montrés prudents, notamment parce que les données disponibles ne répondent pas à des questions essentielles (1). Le vaccin confère-t-il une protection, même partielle, dès la première injection ? Les deux laboratoires s’intéressent aux contaminations survenues après la deuxième dose, leur essai ne répondra donc pas à cette interrogation. De même, ils n’ont pas prévu de s’intéresser à l’impact d’une vaccination sur la transmission du virus. Pourtant, tous les vaccins ne permettent pas de la réduire. Celui contre la poliomyélite, par exemple, n’empêche pas l’excrétion du virus par les selles.

Quid des formes graves ? La réponse dépend du laboratoire menant l’essai clinique. Celui de Pfizer n’est pas conçu pour répondre à cette question : les hospitalisations ne figurent pas parmi ses critères. Moderna annonce, sur la base de ses résultats préliminaires, qu’aucune forme grave n’est survenue parmi ses volontaires. Mais cette affirmation se base sur seulement 5 vaccinés qui sont tombés malades, ce qui en relativise la portée.

À long terme, il faudra également savoir si les seniors sont correctement protégés, et combien de temps ce vaccin protège. La question des effets secondaires a également été soulevée. Pfizer et BioNTech ont sélectionné le produit ayant provoqué le moins de problèmes lors d’un essai précédent. Mais le recul est, pour l’heure, insuffisant. Afin de répondre à cette inconnue, les volontaires seront suivis pendant deux ans après leur vaccination.

Comment fonctionne le vaccin ?

Certains vaccins élaborés contre le Covid-19 – dont ceux de Pfizer et Moderna – font appel à une technologie encore inutilisée chez l’humain. Il s’agit de vaccins à ARN messager (ARNm). Chaque virus possède un ARN. Ce matériel génétique est modifié en laboratoire pour mimer, une fois dans l’organisme, la réaction face à un virus sans provoquer d’infection.

Dans le cas du vaccin Pfizer, cet ARN messager entraîne la production d’une protéine située à la surface du SARS-CoV-2 (protéine Spike). Le système immunitaire y réagit en produisant des anticorps et d’autres cellules immunitaires. Ce système, qui doit encore faire ses preuves, a une limite majeure : pour préserver le matériel génétique, le vaccin doit être stocké à des températures très basses (inférieures à 80 °C dans le cas du vaccin Pfizer). Cela limite l’accessibilité à de tels produits ainsi que le circuit de distribution possible. Moderna, de son côté, promet un vaccin stable quelques jours dans un réfrigérateur standard.

(1) Éditoriaux des revues médicales et scientifiques The Lancet, Science et British Medical Journal (en anglais).

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